En 1996, à Davos, John Perry Barlow proclamait l’indépendance du cyberespace face à l’ingérence des souverainetés étatiques. En 2026, le cyberespace est devenu une infrastructure essentielle de la démocratie, un espace public pluriel et un enjeu stratégique reconnu par les États et l’Union européenne.

La liberté de choix en danger

Pourtant, comme en 1996, nous, peuple du cyberespace, sommes inquiets de voir des acteurs s’en emparer au détriment du plus grand nombre. Plus que jamais se pose la question de notre liberté de choix et de la capacité démocratique des citoyens de pouvoir les faire en conscience.

De plus en plus, nos choix doivent faire face aux ingérences étrangères, à l’organisation de dépendances individuelles et collectives, aux logiques hégémoniques, à la réalité relative, à la désinformation, à la manipulation de l’information et à la confusion entre opinion, faits et contenus.

La question n’est plus celle d’une indépendance virtuelle ou d’une souveraineté à tendance isolationniste, mais bien celle d’une autonomie stratégique démocratique.

Telle que désormais formulée par l’Union européenne, cette autonomie désigne une capacité à décider, agir et protéger ses valeurs sans dépendances critiques. Nous devons la promouvoir, fondée sur l’interopérabilité, la réversibilité, l’auditabilité et la contribution aux communs.

Le cyberespace, un bien commun démocratique

Nous militons pour que le cyberespace soit considéré comme un espace public d’intérêt général. Pour qu’il permette aux citoyens d’accéder à une information vérifiée, juste et utile ainsi qu’aux savoirs scientifiques. Pour qu’il nous permette d’accéder à des médias pluriels d’utilité publique, à la formation, à l’éducation, à la délibération collective.

Pour qu’il forme et ouvre nos esprits, et que de ces échanges naissent des débats et des consensus nécessaires à la bonne tenue de nos démocraties.

Infrastructure numérique et démocratie

En tant que citoyens, nous estimons que le cyberespace relève de la responsabilité publique et collective, qu’il doit être protégé des logiques marchandes qui exploitent notre attention et nos données.

Nous estimons que le soutien aux médias d’informations, aux journalistes, aux chercheurs, aux communautés de l’open source, aux lanceurs d’alerte, aux acteurs de la protection des données, aux protecteurs des systèmes d’information, aux garants du chiffrement des correspondances est primordial.

La lutte contre les dépendances technologiques critiques et la régulation de l’hégémonie de quelques acteurs privés conditionnent notre avenir démocratique.

Le logiciel libre, levier d’autonomie stratégique

Il ne peut y avoir de liberté individuelle de choix sans un espace public, numérique ou non, sain et défendu. Ce sont les conditions minimales à la constitution d’opinions publiques éclairées et souveraines.

Dépendre de technologies non auditables, de plateformes extraterritoriales, de normes et d’algorithmes opaques, c’est accepter une fragilisation structurelle de nos démocraties.

Il est temps de reconnaître que l’open source et les logiciels libres constituent une alternative stratégique primordiale aux solutions propriétaires captives hors de contrôle. Ils sont un bien commun essentiel à la transparence, à la sécurité et à la résilience.

Ces solutions doivent être considérées comme des leviers d’autonomie stratégique. Elles doivent être déployées dans les administrations, l’enseignement, les médias, les infrastructures civiques. Ce n’est pas un choix idéologique, mais un choix politique pragmatique, gage de notre émancipation.

Protéger le journalisme, c’est protéger la démocratie

Pour garantir notre liberté de choix, l’information journalistique doit être considérée comme un pilier de l’indépendance démocratique.

Face à la désinformation, aux ingérences informationnelles, à la concentration économique, à la plateformisation, à la lutte acharnée de l’économie de l’attention et de la monétisation des données, les médias d’informations et les journalistes professionnels doivent être considérés et soutenus en tant que détenteurs de savoir-faire indispensable dans la hiérarchisation des informations et des sources.

Ils constituent un contre-pouvoir essentiel capable de lutter pour le bien commun. Soutenir le journalisme, ce n’est pas protéger une profession, c’est protéger la démocratie.

Éduquer pour émanciper

Pour garantir notre liberté de choix, l’éducation aux médias, à l’information et au numérique sont des prérequis pour des citoyens libres et engagés.

Comprendre les architectures numériques, les logiques algorithmiques, l’économie de l’attention et des données, les principes de la désinformation, les méthodes de fact-checking sont des conditions nécessaires à la citoyenneté et des leviers de résilience démocratique, devenus indispensables à l’ère de l’IA.

Ces sujets doivent être enseignés massivement à toute la population sans discrimination. Une démocratie qui n’investit pas dans la formation renonce à son futur.

Là où la Déclaration de 1996 proclamait l’indépendance du cyberespace, notre époque appelle une autre ambition : préserver le cyberespace comme un commun démocratique.

Pour la liberté de choix et contre l’accaparement de cet espace par une minorité d’acteurs, pour l’autonomie stratégique et contre la dépendance. C’est aujourd’hui la condition nécessaire au maintien de nos démocraties.